10/04/2012 La lettre d’Edouard Carmignac
Paris, le 10 avril 2012
Madame, Monsieur,
Un ami américain me confiait un jour la raison de son profond attachement à notre pays. « J’aime la France parce que les Français se détestent les uns les autres. Cette antipathie partagée assure que le pays ne bouge pas et que la qualité de vie y est préservée ».
La triste campagne électorale que nous subissons offre en spectacle nos déchirements. Alors que les enjeux majeurs de la compétitivité et du désendettement, largement passés sous silence, requièrent un sursaut national, nous assistons à une exacerbation des tensions notamment envers les entrepreneurs et les populations immigrées.
Hors quelques figures emblématiques mises en avant ad nauseam par la presse, la richesse en France et en Europe n’est plus héritée. Les entrepreneurs détiennent l’essentiel des patrimoines importants et cette richesse n’a pas été volée mais créée, et abondamment répartie auprès de la collectivité sous forme de nouveaux emplois, de prélèvements fiscaux et sociaux en tous genres. Les PME, on le sait, sont les principales créatrices d’emplois. Souhaite-t-on réellement décourager les entrepreneurs et accélérer leur exode à l’étranger ? Plutôt que le modèle allemand, préférerait-on le modèle grec où l’expatriation des talents a transformé ce pays naguère actif en havre de retraités et de touristes ?
L’intégration des populations immigrées demeure la plaie ouverte de la société française et le drame de Toulouse n’en est que le douloureux rappel. La diversité ethnique de notre pays devrait être un atout, non pas un handicap. Nous nous devons de redoubler d’efforts au niveau d’un aménagement en profondeur de nos services éducatifs, de formation et d’embauche pour accélérer ce processus d’intégration. Peut-être alors prendra-t-on conscience que la fixation de certains sur l’immigration masque un problème majeur, l’émigration de nos cerveaux. Peut-on continuer d’accepter que plus du tiers de nos diplômés de grandes écoles quittent l’hexagone dans les trois années suivant la fin de leurs études ?
Le coup d’arrêt à l’endettement public est porteur d’avenir. Il doit mettre un terme au creusement de la principale inégalité affectant nos nations vieillissantes, l’inégalité intergénérationnelle. Il nous appartient de régler les factures de nos excès, et non à nos enfants et petits-enfants. La réalisation de cet objectif d’équité doit être l’effort de tous. Le rôle de nos politiques est de nous y préparer. Pas facile dans un pays où près de la moitié des électeurs sont retraités ou fonctionnaires… Pourtant, pas forcément politiquement suicidaire au vu de la désaffection annoncée par les sondages.
Mobilisons les énergies sur ces thèmes généreux et porteurs d’avenir. Cessons de nous diviser. C’est à ce prix que nous améliorerons notre bien-être collectif et préserverons la qualité de vie que tant de pays nous envient.
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma considération choisie.
Edouard Carmignac